Retrouver l’esprit d’enfance

Nos plus beaux souvenirs de Noël sont des souvenirs d’enfance. On prépare la crèche, lorsque commence l’Avent. On y met des santons, des bergers, et des petits moutons qui avancent tous les soirs, si on a été sage… Dans le froid de l’hiver, les rues, les maisons, les églises sont illuminées. Et puis il y a la messe de Minuit, à laquelle on veut assister, résistant contre le sommeil qui nous accable… Et enfin il y a les cadeaux, le réveillon, le chocolat… La joie de Noël est une joie d’enfant.

Mais après l’on grandit : l’enfance laisse place à l’adolescence, puis à l’âge adulte, et hors de question pour nous de nous conduire comme un enfant. Mais on a beau résister, feindre l’indifférence, faire semblant d’avoir oublié, toujours, chaque année, l’esprit de l’Avent, l’esprit de Noël revient et nous fait retomber, immanquablement, en enfance.

 

Je crois qu’il y a là quelque chose de mystérieux, et de très important. Devant l’Enfant-Roi, l’Enfant-Dieu, nos masques d’adultes tombent, nos airs d’adultes responsables s’effacent, et nous devenons, à nouveau, des enfants. C’est comme si le Bon Dieu, spécialement au moment de Noël, nous montrait, nous indiquait la voie à suivre : « Si vous ne devenez pas comme ces petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux ». Alors, durant cet Avent qui commence, dans l’attente du mystère de Noël, laissons-nous porter, emporter par cet esprit d’enfance, par cette petite voie que sainte Thérèse désignait comme étant la meilleure pour parvenir jusqu’à Dieu : voie d’humilité, voie d’abandon dans la providence de Dieu. Contemplons le mystère de l’Incarnation : Dieu, celui que l’Univers ne peut contenir, celui qui a créé la terre et le ciel, et la mer et tout ce qui est, s’humilie, s’abaisse, jusqu’à venir prendre place dans le sein de la Vierge Marie, jusqu’à venir habiter dans le corps d’un enfant. Devant un tel abaissement, les murs de l’orgueil que nous avons construit autour de nous ne pourront que s’effondrer, tels les remparts de Jéricho au son de la trompette : et nous retrouverons cette âme de petit enfant que nous avions, qui sommeillait en nous et ne nous avait jamais vraiment quitté.

Abbé Jean de Massia

Fraternité Saint-Pierre