La spiritualité des santons

Une nouvelle année liturgique commence. Un nouvel Avent s’ouvre à nous. Le moment de reprendre de bonnes résolutions, de marcher d’un pas plus résolu vers le Ciel.

Et nous nous disons, peut-être, intérieurement, que nous avons déjà essayé, les années précédentes. Que cela n’a pas marché. Que la lassitude commence à s’installer. À quoi bon chercher à se changer, puisque finalement il y a peu de progrès ? Le Bon Dieu nous répondra : qu’en savez-vous ? Il nous dira qu’il faut continuer. Nous ne voyons que le résultat et il est parfois peu encourageant. Dieu, lui, voit la volonté de nos cœurs, l’intention droite. Il voit le regard clair du chrétien qui sait qu’il est faible et qui pourtant veut être fort, il voit la flamme de l’âme qui veut se relever après chaque défaite. Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler, disait St Jean Chrysostome. C’est lui qui donnera la victoire.

Alors au travail ! À nouveau, entrons dans la spiritualité de l’Avent, qui est une spiritualité de l’attente, entrons-y avec l’innocence et la naïveté de l’enfant, comme si c’était la première fois. Rien ne perce encore du mystère, rien ne se laisse voir de la fin annoncée, mais nous savons qu’un jour le Christ reviendra. Et le plus important, dans l’attente, c’est de ne pas se laisser distraire. Le monde est contre l’attente, car il comprend que ce que nous attendons, il ne peut le proposer. Alors il essaye de nous distraire, de nous déconcentrer de cette attente.  « Le monde moderne est une conspiration contre toute forme de vie intérieure » (Bernanos). Le temps est donc venu de nous réveiller, de trancher, d’être plus ferme. Trop longtemps nous avons essayé d’être du monde, de nous intégrer, de faire comme tout le monde : d’être à la page, de vivre avec son temps. La télévision, internet, les discussions futiles, le langage du monde… Mais relisons Saint Paul : pour sauver son âme aujourd’hui, comme pour la sauver hier, il faut un jour couper. Refuser le monde. Se révolter contre lui, se détourner de lui pour attendre Dieu. Cela demande du courage. Et cela commence maintenant. Et il faut que cela dure. « Rien ne peut remplacer l’épreuve du temps, disait Ste Jeanne d’Arc. Il faut que l’âme apprenne à durer devant son Dieu. » C’est l’exigence de l’Évangile qui a convertit Saint Augustin, Charles de Foucauld, Marie-Madeleine. C’est la fierté de marcher à contre-courant. Le courage de s’opposer au « moralement-correct ». Si l’on avait servi à Augustin un message dilué ou faussement conciliant, nous n’aurions jamais lu ses Confessions.

Pour entrer petit à petit dans cette attente de Dieu, l’Avent nous appelle à être comme les santons de la crèche qui depuis deux-mille ans, intemporels, résistent aux attaques du monde. Eux ne sont pas du monde. Ils ne sont pas dans le vent, ils ne sont pas à la page : ils ne vivent pas avec leur temps. C’est peut-être pour cela qu’on veut leur interdire d’exister dans les lieux publics. Ils dérangent. Pourquoi ? Parce que tous les santons sont tournés vers la grotte. Vers une grotte vide. Ils attendent ainsi. Les agneaux, et toute la création les accompagnent et avancent, petit à petit, vers une grotte vide. Le monde les trouve fous, justement parce que la grotte est vide. Le monde pense qu’ils avancent vers le rien. Alors le monde va dans l’autre sens et s’éloigne de la grotte. Mais nous, nous savons que, laissant le monde derrière nous, nous avançons vers Tout ce qui peut combler notre cœur, qu’un jour la grotte vide ne le sera plus et que l’enfant Jésus y prendra place, à nouveau, avec beaucoup de puissance et de gloire, devenant alors le centre du monde, attirant à lui les rois de la Terre et tous les hommes de bonne volonté, pour sauver ce qui était perdu, et apporter le bonheur, le vrai, aux âmes qui auront su attendre, résister, désirer l’avènement du Fils de Dieu.