« Je suis la voix qui crie dans le désert… »

Cela faisait 500 ans qu’il n’y avait pas eu de prophète. La voix du dernier, le prophète Malachie, s’était éteinte, dans le désert, en annonçant l’arrivée du Messie : « Bientôt il viendra, le Seigneur que vous cherchez ». Depuis, plus une seule prophétie. Le Silence sacré s’était établi sur la Terre d’Israël.

Et soudain, la Voix se fit entendre. Elle venait de là-bas, au fond du désert, près du Jourdain. Près de l’endroit où Josué, avec tout son peuple, avait traversé le fleuve à sec pour entrer sur la terre promise. Au lieu des origines, au lieu des prémisses, enfin, la voix à nouveau résonnait.

Ecoutons, mes biens chers frères. Faisons silence et écoutons. Car la voix crie, depuis les contrées les plus reculées de la terre promise. Elle criait pour le peuple fidèle, et elle crie pour nous, aujourd’hui. Mais sommes-nous encore en mesure de l’entendre ?

Car, pour entendre la Voix, il faut aller là où elle est : et c’est dans le désert qu’elle se trouve. Le désert où crie la voix, c’est celui de votre âme. Ce lieu de silence, de paix, de calme qui est au centre de vous-même. C’est là qu’il faut descendre, pour écouter. C’est dans le désert de notre cœur, là où il n’y a rien sinon Dieu, là où il y a tout, parce qu’il y a Dieu, que s’écoute la Voix de Dieu. Que dit-elle ? « Toute vallée sera remplie, toute montagne sera abaissée. Les chemins tortueux deviendront droits, et les raboteux seront aplanis ». Le Seigneur arrive, mes biens chers frères ! plus que quelques semaines, et il sera là ! Et il faut lui préparer notre cœur.

En ce temps de l’Avent qui commence, prenons le temps de descendre dans le désert. De venir près du Jourdain. D’écouter Jean-Baptiste. De suivre le conseil de la voix. De préparer notre âme, en enlevant les obstacles qui pourraient gêner la venue du Sauveur. Ne ratons pas ce moment. Parce que dans quelques jours, mes biens chers frères, la Voix de Jean-Baptiste se taira. Le temps des prophètes sera révolu : et commencera celui du Verbe. La voix humaine nous est donnée pour nous prévenir, pour nous préparer. A Noël, c’est Le Verbe, la Parole de Dieu qui résonnera. Non plus pour vous préparer : mais pour vous transformer. Pour venir en vous. Et pour prendre toute la place. Si le ménage n’a été fait avant, alors il n’y aura pas de place pour le Rédempteur : nous serons comme l’auberge trop pleine qui n’a pas pu accueillir le Sauveur au soir de Noël, parce qu’elle n’avait pas préparé de place pour lui. Mais si, dans le silence de ces quelques semaines, nous arrivons à aplanir, redresser, raboter, abaisser les aspérités de notre âme par la pénitence et la confession, alors, au soir de Noël, lorsque la Vierge Marie frappera à la porte de notre cœur pour nous proposer d’héberger le Roi du Monde, nous pourrons, avec tous les saints, l’accueillir : notre âme deviendra une crèche, et la grâce de Noël qui ne passe qu’une fois nous touchera. Adorant dans le silence Jésus Enfant, nous pourrons murmurer, avec Saint-Jean Baptiste : « Il faut qu’il grandisse en moi : et que je diminue ! »